Récit de bataille

"Et plus tard, ils diront : "j'y étais", et cela seul fera d'eux des héros..."

 

La première bataille du Chêne Torve :
Récit - Débriefing

"Nous étions quelques-uns à être venus des Plaines d'En-Dessous, mais la majeure partie de l'armée était constituée des Disciples Telluriques de l'Académie du grand Mystique de notre peuple, Magnus lui-même.
C'était dans les Tristes Terres, et nous étions venus dans l'urgence, sans avoir pu rassembler de troupes plus adaptées à l'ennemi que nous devions savoir y rencontrer... Car notre venue était motivée par les rapports signalant le déplacement de troupes d'Achéron vers la Sinistre, cette vieille statue dont l'origine se perd dans les brumes des plus morbides légendes... la statue représentant le Grand Crâne lui-même!

Magnus, contacté à propos de la présence de troupes d'Achéron dans la zone, avait entrepris je ne sais quelle sorte de divination à ce propos ; il "écoutait les chants de la terre et les sons qui se répercutent le long des roches", m'a-t-il dit par la suite...

Toujours est-il que je reçu son hibou un beau soir de printemps, portant un message attaché à la patte : "rends-toi immédiatement à la Sinistre, je t'y rejoindrai avec mes disciples... Prépare-toi à combattre Achéron, emmène tes Nains avec toi."
Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, et je dus à la malchance de n'avoir sous la main que des troupes limitées en nombre, le reste étant parti combattre un escadron des créatures du Gouffre de Mid-Nor signalé vers les Forêts d'Acier, à l'est...

Néanmoins, je rassemblai ceux que je pus trouver, et partis à la nuit tombée à la tête d'une quinzaine de mes Nains. Trois jours de voyage nous amenèrent en vue de la Sinistre. Nous rencontrâmes là Magnus le Mystique, escorté de Bal-Torg l'Ancien, Précepteur du Collège Tellurique dans le domaine de l'Alchimie, ainsi que de deux thermo-prêtres frais émoulus de l'Académie des Forges.
Magnus me remercia de ma venue, et déplora le manque de Nains dont je souffrais. Il me signala qu'il avait envoyé message à Tan-Kaïr, et que les Légions de Fom-Nur devaient bientôt descendre du Royaume Nain. Cependant, il craignait que le combat n'aie lieu avant la venue de ces puissants renforts...

Je finis par lui demander ce que ses connaissances ésotériques lui avaient révélé, et je me souviens mot à mot de sa triste réponse :
"Alahan s'est défié de nous trop longtemps ; jamais le Lion ne nous a révélé la véritable nature de cette statue, aussi est-ce pourquoi nous nous trouvons là, peu nombreux et mal préparés. Car en vérité, la Sinistre EST le Grand Crâne lui-même, pétrifié au cours de la Bataille des Mille Morts par Asclépias le Lumineux peu de temps après la venue d'Achéron sur Aarklash. Or, il semble que les lieutenants du Grand Crâne aient enfin retrouvé la piste de leur Maître et le moyen de détourner le sort d'Asclépias. S'ils parviennent à leurs fins, le Grand Crâne sera à nouveau lâché sur Aarklash, et tous les peuples en souffriront à nouveau."

Ces mots prononcés, Magnus se détourna. Derrière lui, Bal-Torg comptait ses fioles d'un air absorbé : le vieil alchimiste non plus ne voulait pas m'avouer qu'il était bien conscient que les magiciens Nains ne pouvaient espérer contrer très longtemps l'influence libératrice que les Ténèbres apporteraient au Grand Crâne, via les bons soins des magiciens morts-vivants...

C'est alors que Pilgrim revint pour me signaler l'approche d'une troupe d'Achéron. Je n'avais pas encore eu le temps de penser à tout ce que m'avait dit Magnus qu'il me fallait déjà disposer mes troupes.
Les morbaques avaient avancé vite, et je n'avais guère eu le temps de mettre au point une stratégie payante quand ils apparurent sur la ligne de crête opposée à la nôtre, face à la Sinistre. Le silence tomba sur le champ de bataille...

Ma ligne était assez hétéroclite mais plutôt correcte. Sur l'aile droite, à l'extrémité de ma ligne de front, Kezber La Lance et Zerkûnn Le Marteau-Piston, les deux thermo-prêtres, se préparaient à se ruer en avant, soutenus par un Familier Mécanique. En-deçà, plus proches de moi, se trouvait l'Unité Casse-Montagne, trois Bougres, marteaux et boucliers solidement tenus, ainsi que trois guerriers khors avec leurs boucliers, et un des frères Ghiris, Arân à l'armure dorée, qui tenait fièrement son épée khor à deux mains... Magnus et Bal-Torg se trouvaient également là, en seconde ligne, prêts à invoquer la puissance de leurs arcanes.
J'étais quant à moi à peu près au centre du dispositif, Pilgrim et six de ses Bougres immédiatement à ma gauche, ainsi que l'étendard de leur unité et le musicien. A l'extrême gauche, les deux derniers frères Ghiris, Turenok au masque rouge et son cadet Giadok, se proposaient de contourner l'aile droite ennemie et de balayer à grands coups de leurs grandes épées khors tout ce qui pourrait s'opposer à eux. Enfin, Urak-An, l'un des gardes-forges de l'Académie éponyme, arrivé in extremis pour participer au combat.
Les trois arbalétriers étaient placés légèrement en retrait et sur la droite des deux frères Ghiris. Ils formaient notre seule artillerie, les bombardes comme Lor-Arkhon dépendant du commandement de Hir-Kârn, dont la troupe ne s'était pas manifestée depuis quelques jours.

En face, la ligne des morts-vivants était plus ramassée que la nôtre, mais il était facile d'y reconnaître les terribles silhouettes des serviteurs d'Achéron. Il y avait là Azaël et deux questeurs, un centaure lourd, Chagall l'Affamé, six zombies dont trois en armure, six squelettes en armure, deux wolfens zombifiés par les Ténèbres, trois goules, une dizaine de pantins morbides et Melmoth...

Je ne me souviens plus exactement qui parmi nous chargea en premier, mais les premières manœuvres furent assez primaires, nos deux lignes se ruant l'une sur l'autre.
Les questeurs, au centre, parvinrent au socle de la Sinistre avant nous, et commencèrent à y déverser les Gemmes de Ténèbres qui la réanimeraient. Sur la gauche, Turenok était tué sur le coup par une charge du centaure lourd d'Achéron. Enragé, son frère Giadok reçut avec furie l'avancée du monstre. Il s'ensuivit un furieux corps-corps...
Sur la droite, deux Khors avec bouclier entreprenait de verrouiller l'espace entre la barrière et le socle de la statue, face à une goule particulièrement vicieuse. Plus à droite encore, Kezber et Zerkûnn les thermo-prêtres réceptionnaient Chagall et quelques zombies, lui interdisant de contourner notre aile. Ils furent rapidement rejoints par quelques bougres et Arân, qui engagèrent le combat avec les zombies qui déferlaient à la suite de Chagall.

Sous le chêne torve, squelettes et Bougres commandés par Pilgrim firent jonction, et le combat commença. Le front  fut rapidement percé par un wolfen zombie qui bouscula Urak-An le Garde-Forge pour se ruer sur les arbalétriers, dont les tirs précis avaient amoché le centaure et le wolfen zombie lui-même (ce qui n'a pas incommodé ce dernier très longtemps, en raison de ses facultés de régénération). L'un des arbalétriers s'enfuit lâchement devant la charge du monstre, et quitta le champ de bataille séance tenante. Un autre arbalétrier soutint l'assaut à sa place.

Au centre, Bâl-Torg lança une fiole par-dessus la statue - son fameux Concentré de Fracas... Un questeur fut touché par l'explosion qui s'ensuivit, mais rien de très convaincant. Magnus, quand à lui, avait invoqué un familier de la terre qu'il envoya soutenir l'aile droite, pendant qu'il invoquait la Catalyse Khor sur mon arme, qui, comme en réponse, se mit à briller, et se fit plus légère, plus maniable, légèrement vibrante, comme douée d'une vie propre.
Tandis que je me ruais vers le wolfen zombie, l'unité de Pilgrim s'était ressaisie et le front se reformait. Un Bougre avec Marteau-pioche surnuméraire avait même chargé le wolfen zombie, ce qui lui valut une vilaine blessure.

J'atteignis ma cible au thorax et à la tête simultanément : le wolfen zombie s'écroula... Je pense qu'il avait été surpris par la rapidité de mon épée khor, et n'avait guère put qu'esquisser un vague geste de défense peu convaincant.
Je continuais sur ma lancée vers le centaure lourd d'Achéron, qui commençait à être bien blessé mais contre lequel Giadok avait bien du mal, blessé lui-même... Au passage, je rencontrais Melmoth sous le Chêne Torve, attaqué par deux khors et un bougre. Lorsque j'arrivais, un bougre venait de se faire étendre pour le compte. J'engageai Melmoth, indiquant du geste aux arbalétriers de continuer à arroser le centaure lourd. Dans l'affaire, Giadok se reçut un carreau dans les fesses, mais sans plus de conséquences qu'une blessure à l'orgueil...

Au centre, Bâl-Torg continuait à projeter ses liquides explosifs et Magnus avait tenté un Arc de Mana peu convaincant. Sur la droite, la situation était verrouillée, ni Chagall ni les thermo-prêtres n'arrivant à prendre l'avantage, au milieu de plusieurs combats où Khors et Bougres faisaient de leur mieux contre les zombies, sans résultat probant là non plus.

Et pendant ce temps, inexorablement, les questeurs continuaient à alimenter la Sinistre.

C'est sur un Concentré de Fracas particulièrement détonant que la situation se débloqua. Bal-Torg, fatigué d'effleurer seulement les Questeurs, décida de prêter main-forte à Pilgrim en nettoyant son front, quitte à le toucher lui-même dans l'opération.
Deux squelettes, déjà bien amochés, partirent en morceaux à l'impact ; Pilgrim concentra ses forces et fonça. Pour ma part, j'enjambais Melmoth pour terminer le centaure lourd d'Achéron, ce qui fut assez rapide.

Magnus se fit surprendre par le deuxième wolfen zombie qui avait sauté par-dessus la barrière. Un combat rapide s'ensuivit, Magnus avec son Glaive d'Alphax Majeur et ses deux pommeaux magiques étant rejoint par un des khors avec bouclier en soutien et un Bougre avec marteau. Le deuxième wolfen zombie, le crâne fracassé, comprit trop tard (si tant est qu'un truc comme ça puisse comprendre quoi que ce soit) que Magnus le Mystique est presque aussi redoutable qu'un Lothan au contact, vapeur mise à part...

A ce moment, la Sinistre se mit à bouger. Des relents méphitiques nous parvinrent, tandis que des gémissements s'élevaient du sol. Une brume fantômatique estompa l'horizon... Transis d'horreur par la vision du Grand Crâne descendant de son piédestal, nous crûmes perdre pied. Le Grand Crâne contempla le champ de bataille et vit ce qui pour lui représentait la menace la plus immédiate : les deux arbalétriers qui armaient leurs carreaux en hâte, la peur au fond des yeux, mais déterminés à mourir glorieusement.

Le Grand Crâne chargea l'un d'eux, qui venait de se placer plus à droite pour mieux le viser. Le malheureux trébucha et lâcha son carreau au hasard. Il eut quand même la présence d'esprit de jeter son arme pour tirer son couteau. Le Grand Crâne s'arrêta un instant pour le contempler dans sa terreur et sa faiblesse. Mais l'arbalétrier, dont le nom s'est perdu dans ma mémoire (indigne que je suis!) se releva soudain et plongea sa lame dans le "ventre" du Grand Crâne. L'exploit était de taille pour un arbalétrier terrorisé, et la vue de cet acte nous rendit à tous courage.
Le Grand Crâne, cependant, ne s'était guère ressenti du coup, et trancha proprement en deux cet héroïque arbalétrier, que les dieux Nains le bénissent...

Lorsque Bal-Torg projeta sur le Grand Crâne un Concentré de Fracas qui projeta celui-ci au sol, durement touché, nous comprîmes que notre situation était difficile mais pas désespérée. Malgré l'entrée des Questeurs dans le combat, les troupes d'Achéron étaient pour moitié détruites, ou peu s'en faut, et même si la destruction du Grand Crâne ne nous paraissait pas possible dans l'instant, nous savions pouvoir retraiter en bon ordre afin d'attendre Tan-Kaïr et les renforts de Fom-Nur ; ce que nous fîmes séance tenante.
Je me surprends cependant à me demander comment la suite se serait déroulée si nous avions décidé de combattre jusqu'au dernier, car rien n'était dit ni pour Achéron ni pour le Royaume Nain...

Pour autant, le terrain est resté aux Morts-vivants, mais nous n'avions que quatre morts à déplorer."